Pourquoi Jim Morrison était-il le Roi Lézard ?

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🎨 bulle d’artiste #3

Le 3 juillet dernier marquait les 50 ans de la mort de Jim Morrison, chanteur du groupe iconique The Doors. Il laisse derrière lui une œuvre poétique gigantesque et des millions de fans, qui lui vouent toujours un culte presque divin. Sa tombe est la plus visitée du cimetière du Père-Lachaise. Jim Morrison était connu pour son goût de la provocation et pour son charisme magnétique et fait partie du tragique club des 27 (Kurt Cobain, Amy Winehouse…). Mais d’où lui vient ce surnom de Roi Lézard ?

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Pastel gras sur affiche ©Maty Ndiaye

Le reptile est une figure récurrente dans l’œuvre de Jim Morrison et ce dernier décide en 1968 d’enregistrer une chanson expérimentale de 17 minutes, intitulée The Celebration Of The Lizard. Le poème central de cette performance est Not to Touch the Earth. À la fin du morceau, Jim Morrison dit “ I am the Lizard King / I can do anything ” (« Je suis le Roi Lézard / Je peux tout faire »).

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©Pixabay, photo libre de droit

Le reptile : symbole Jungien et motif Morrisonien
Jim Morrison est un lecteur assidu du psychanalyste Carl Jung (élève de Sigmund Freud) et il est marqué par sa vision du symbole et de l’archétype. Le lézard ou le serpent sont des personnages inquiétants et mystérieux. Chez Morrison comme chez Jung, le serpent, ou plus généralement le reptile, symbolise l’inconscient primitif. Jung remarque que le reptile est fréquemment un antagoniste du héros. Il symbolise aussi la lutte initiatique qui amène à se détacher de l’emprise de la mère. Le serpent qui apparaît dans plusieurs chansons et poèmes de Jim Morrison est également interprété comme un symbole phallique.
La figure du reptile fait ainsi son apparition dans The End, ultime morceau du premier album éponyme de The Doors. C’est donc un motif qui le suit dès ses débuts. On constate dès lors un glissement de la musique au théâtre.

“We must not forget that the lizard and the snake are identified with the unconscious and with the forces of evil. There’s something deep in human memory that responds strongly to snakes. Even if you’ve never seen one. I think that a snake just embodies everything that we fear.” / « Il ne faut pas oublier que le lézard et le serpent sont identifiés à l’inconscient et aux forces du mal. Il y a quelque chose de profond dans la mémoire humaine qui réagit fortement aux serpents. Même si vous n’en avez jamais vu un. Je pense qu’un serpent incarne tout ce dont nous avons peur. » ~ Jim Morrison, à propos des reptiles dans une interview de 1969

L’attitude dionysiaque et sulfureuse de Jim Morrison
Jim Morrison adopte immédiatement une attitude inspirée de Dionysos (dieu du théâtre, du vin et de la fête, Bacchus dans la mythologie romaine). Un de ses attributs, un thyrse, est un bâton de marche qui peut se changer en serpent. On retrouve ici plusieurs thématiques emblématiques de la poésie de Jim Morrison : le théâtre, le spectacle et le reptile. Son attitude provocatrice, son goût de la boisson et de la scène, est donc empruntée à Dionysos.
Ses chansons et ses poèmes abordent des thèmes tabous et font scandale. Morrison est arrêté plusieurs fois en plein concert pour « incitation à la révolte ». Il n’hésite pas à apporter divers éléments théâtraux à ses concerts, notamment avec la chanson The Unknown Soldier, performance contre la guerre du Viêt Nam, où, finissant criblé de balles imaginaires, il meurt sur scène.
Dans la chanson The End, il crie même vouloir tuer son père et coucher avec sa mère ! Cette mention du complexe d’Œdipe est hier comme aujourd’hui très taboue et même contestée au sein de la communauté des psychanalystes.

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Dionysos assis sur une panthère avec son thyrse, mosaïque du IVe siècle av. J.-C., musée archéologique de Pella, Grèce

“I am the Lizard King, I can do anything”
En 1968, The Doors enregistre l’album Waiting for the Sun. Chaque album contient une chanson mêlant rock psychédélique et poésie déclamée, plus expérimentale comme The End, Riders on the Storm ou encore When the Music’s Over. Cette fois-ci, le groupe veut mettre leurs chansons expérimentales sur une face entière de leur album : c’est The Celebration Of The Lizard, un mélange de plusieurs poèmes tantôt déclamés, tantôt chantés.
Malheureusement, le résultat n’est pas satisfaisant pour The Doors et leurs producteurs. Le groupe joue le morceau sur scène et une version live est alors enregistrée. Ce n’est qu’en 2003 qu’une version studio est dévoilée au grand public.
Une partie musicale, Not to touch the Earth, sort malgré tout dans Waiting for the Sun. Ce morceau, qu’il soit écouté avec les autres poèmes prévus ou qu’il soit écouté seul, nous emmène dans un passage initiatique. On y retrouve de manière allégorique les différents topos de l’œuvre poétique de Jim Morrison : la peur de la mort, la volonté de fuir son propre destin, la violence et la fin prochaine d’une ère.
Dans The Celebration Of The Lizard, Morrison entame un voyage intérieur et affronte ses démons représentés par les reptiles. Il les intègre en lui-même et devient alors le Roi Lézard, à ses yeux comme aux yeux du public.

Pour aller plus loin…
Pour découvrir ou redécouvrir la poésie de Jim Morrison, je vous conseille le livre The Collected Works of Jim Morrison: Poetry, Journals, Transcripts, and Lyrics (Jim Morrison, avant-propos de Tom Robins, Harper Design, 2021, 584 pages). De nombreux poèmes sont également disponibles librement sur internet !
Mon poème préféré est “Phantasmagoria” du recueil The Lord and the New Creatures (Jim Morrison, Simon & Schuste, 1970).

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Jim Morrison, Ecrits, Christian Bourgois ©Maty Ndiaye

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