« Ça, c’est pour les enfants. Ça, c’est pour les grands », ou comment légitimer un savoir « élitiste »

💭 dans ma bulle #1

Je suis actuellement en Master 1 Cinéma et audiovisuel parcours Études cinématographiques à la Sorbonne Nouvelle. L’occasion pour moi de m’ouvrir à un projet de mémoire quelque peu étonnant : le slow gaming et Animal Crossing. Déroutant, diront certains. Allez, je vous raconte.

« Ça, ce n’est pas un sujet sérieux. Passé le lycée, jamais tu n’étudieras ça. »
C’est ce qu’on me disait, quand j’étais plus jeune, lorsque j’abordais certains sujets qui me passionnaient, comme la littérature de jeunesse, le cinéma d’animation et les jeux vidéo. Quand un sujet me fascine, j’aime à passer des heures à la bibliothèque à chercher des livres, ou bien chez moi sur internet, en rapport avec ma passion. L’animation m’intriguait, tant dans son histoire, son esthétique et son interprétation. Sauf qu’apparemment, les dessins animés, c’est « pour les enfants ». L’idée est semblable avec les jeux vidéo. Je m’étais donc faite à l’idée qu’il existait, dans les études supérieures, des domaines « légitimes » (que certes j’appréciais tout autant), et d’autres « illégitimes ».

Oui, à l’université, TOUT le monde peut TOUT apprendre
Au cours de ma licence, j’ai eu l’occasion de suivre un cours sur la littérature de jeunesse (avec Bénédicte Milland-Bove, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle) et un autre proposant une introduction aux études vidéoludiques (avec Fanny Georges, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle). J’en avais suivi, des cours sur la littérature féministe du XVIIIe siècle en France, sur le cinéma hollywoodien de l’entre-deux-guerres… Mais jamais sur ces centres d’intérêts que je cultivais depuis mon enfance. Une culture que je pensais jusqu’alors indigne des grandes études. J’ai enfin pu comprendre que la recherche n’était pas un domaine fermé ultra-élitiste, composé d’un cercle d’intellectuels passant des journées entières enfermés chez eux à lire des bouquins incompréhensibles. Tout, vraiment tout, pouvait être sujet à la recherche académique.

Il est temps de prendre ma revanche 📜
C’est ainsi que je me suis mise à l’idée que si je poursuivais mes études en master de recherche, je ferai tout pour pouvoir aborder un sujet de mémoire qui me plaira sûrement. Sûrement, dans le sens où même les journées entières d’écriture, de lecture, de recherche à venir, je me dirai que quand même, mon sujet, « il est génial », en plus d’être original et peu étudié par rapport à d’autres domaines, peut-être de prime abord plus « communs », à moins qu’ils ne soient abordés sous des angles nouveaux. Je prendrai (enfin ?) ma revanche et savourerait chaque heure de séminaire, de recherche à développer un futur projet académique sortant des sentiers battus.

press START to play 🎮
J’en vins à devoir choisir entre deux projets de mémoire, pour deux masters différents : l’un sur la littérature de jeunesse et l’œuvre de Claude Ponti ; l’autre sur les jeux vidéo et Animal Crossing. Ma curiosité et mon envie de creuser le sujet, encore embryonnaire, m’ont convaincue. Animal Crossing, en tant que référence culturelle personnelle, m’a paru comme une évidence. En parcourant les différentes publications de recherche sur les jeux vidéo, je ne croisais pas de réflexions sur le jeu en lui-même, ou alors en nombre très restreint, pour la plupart datés, voire obsolètes. En effet, les travaux académiques les plus récents parlaient soit de la version GameCube (Animal Crossing), soit de la version DS (Animal Crossing : Wild World) tout au plus. Je ne me souviens pas d’un parlant de la version 3DS (Animal Crossing : New Leaf). C’était la première brèche pour la création de nouveaux savoirs. Je me suis donc mise l’image d’un entonnoir en tête : « OK, on ne parle pas beaucoup jeux vidéo dans le domaine universitaire, encore moins d’Animal Crossing, et encore moins d’Animal Crossing : New Horizons ». Ayant travaillé quelque temps sur le concept de domesticité cosy, de premium mediocre, de slow gaming, de hardcore gamers et casual gamers dont parle notamment Jesper Juul, je trouvais que ces notions pouvaient s’appliquer assez bien avec l’univers d’Animal Crossing, et que je pouvais en faire un lien et une étude intéressante. Voilà, j’avais mes idées en tête.
Mon mémoire préparatoire de M1 sera cette revanche à ceux qui me disaient qu’« il existe un savoir légitime et un autre non ».


La série "💭 dans ma bulle" propose à nos lecteurs de s'exprimer librement sur différents sujets, de partager leurs pensées, leurs idées, leurs coups de gueule sous forme plus libre qu'un article, comme les billets et tribunes de tout média, en toute liberté, comme le stipule la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (enfin, je crois) ! ☺️

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