Diabète et clichés, une relation toxique de longue durée

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🍬 bulle en sucre #1

En plus de devoir vivre avec de l’insuline de synthèse toute leur vie, les diabétiques (de type 1) doivent subir un second fléau : les clichés sur leur maladie, tout aussi terribles qu’une pandémie.

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Un capteur de glycémie Freestyle Libre 2, une pompe à insuline Omnipod DASH, un lecteur de glycémie FreeStyle Libre 2, un PDM pour Omnipod DASH ©ANONYME

En France, on compte environ 4,5 millions de diabétiques (dont une majorité de type 2 ; Atlas 2019 de la International Diabetes Federation) et tout autant de clichés qui accompagnent leur quotidien. Parmi les plus répandus, ceux concernant le rapport au sucre, aux traitements, ainsi qu’aux causes de la maladie. Petit séjour dans la chambre noire des clichés bien développés, et comment s’en protéger.

« Tu es diabétique, tu ne peux pas manger d’aliments sucrés » • « et ça, tu peux manger ? Pas trop dur de ne pas manger de sucre ? » • « tu ne devrais pas manger ça, c’est mauvais pour ton diabète »
Ma réponse favorite, quand on me fait la remarque, c’est de me jeter avec enthousiasme sur les premières choses comestibles et sucrées que je vois : bonbons, chips, Coca… Puis je rétorque, la bouche pleine de sucre : « ah, vraiment ? » 😦
Non, ce n’est pas parce que je suis diabétique que le sucre m’est proscrit. Je suis juste un humain comme toi, et j’ai le droit à de petits plaisirs gourmands quand je veux, où je veux. D’ailleurs, quand je suis en hypo (taux de glucose bas dans le sang), j’en ai besoin, de sucre ! Donc pas la peine de me regarder avec de grands yeux (ça fait flipper sérieux) lorsque j’ingurgite deux vulgaires carrés de sucre, une briquette de jus de pomme, ou un paquet entier d’oursons Haribo. Suffit juste de faire la dose de bolus (insuline à action rapide) adaptée à mes besoins ! 😉
Non, on ne vit pas avec un livre de recettes spécial diabétiques sous le bras, on ne compte pas forcément nos glucides, on n’a pas forcément une balance de cuisine chez nous, on ne mange pas toujours équilibré (petite pensée aux 3 McDos par semaine et au pot géant de Nutella)… Non, on n’est pas tous des rois de la diet. 👑

À toi, Géraldine, qui pensait bien faire en me préparant une salade grecque rien que pour moi à ce dîner de famille, alors que trônait devant mes yeux ce délicieux gratin de pâtes au jambon ; merci, c’est super gentil, mais t’inquiètes, je gère. Et je vais même me resservir, tiens !
Tu sais, encore une fois, il suffit juste que j’adapte ma dose d’insuline et c’est réglé ! Magique, hein ?
Bonus de fin de repas : « je peux avoir du sucre pour mon thé s’il-te-plaît ? »

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©Pexels, photo libre de droit

« Tu es diabétique, tu as forcément une hygiène de vie irréprochable »
Alors oui et non. Dans la mesure où peu importe ton état de santé, tu devrais TOUJOURS manger équilibré, conserver une activité physique régulière et dormir suffisamment, cette réflexion est juste maladroite.

« Si tu manges trop de bonbons, tu vas ATTRAPER le diabète ! »
😂😂😂 Genre, le diabète s’attrape comme la grippe. Je te tousse dessus volontiers, dans ce cas. Ou bien je porte un masque à vie.
Plus sérieusement : non, ce n’est pas parce que ton pote Gérard dévalise les rayons confiseries au supermarché qu’il sera un jour diabétique. Ce genre de réflexion, même pour rire, ça n’a rien de drôle, c’est juste vexant. Pareil lorsqu’il s’agit de partager le gâteau d’anniversaire de Chloé, oui, tu peux me filer une part. À la blague « fais gaffe, si tu manges trop de gâteaux, tu vas devenir diabétique ! », tu peux bien évidemment te resservir. 🎂

« Ah, tu es diabétique ? Mon/ma pauvre, ça doit pas être facile, je suis désolé(e) pour toi » • « comment tu vas faire pour travailler ? Tu vas arrêter ? »
Pas besoin d’avoir pitié de moi, je vais bien. Je n’ai pas de maladie orpheline grave, pas de cancer en phase terminale, pas de complications liées à mon diabète : je suis en parfaite santé ! 🥳
Tout le monde est différent ; on passe tous par des moments difficiles, que ce soit une fracture, une rupture, un déménagement, une diarrhée, une angine, des proches malades, mourants, qui partent pour toujours…
Oui, c’est vrai que maintenant que j’ai mon dispositif médical bien visible (coucou capteur et pompe), c’est OBLIGÉ je vis mal, handicapé(e), sans pouvoir plus rien faire…
Oui, je peux toujours voyager. Je peux toujours faire le tour du monde. Oui, je peux toujours faire la fête. Je peux toujours danser, chanter, boire. Oui, je peux toujours travailler. Je peux toujours faire des heures supplémentaires, des afterworks. Oui, je peux toujours réaliser mes rêves. Oui, je peux toujours vivre.

« Comment tu fais pour te piquer tous les jours ? Je ne pourrais pas, moi »
Bah, en fait, c’est vital, je n’ai pas trop le choix. 😅 Si tu as besoin d’un traitement pour vivre, tu zapperais ? Je doute que tu te laisses mourir aussi facilement. Tu ne t’arrêtes pas de vivre parce que tu es malade. Tu ne t’arrêtes pas de vivre parce que tu es diabétique.

seringue
©Pixabay, photo libre de droit

« Tu te piques, on dirait un(e) drogué(e) » • « tu te piques ? Tu es sous pompe ? Le truc que tu as sur le bras là, ça veut dire que ton diabète est très grave ? »
😂😂😂 Déjà que j’ai eu du mal à le faire à la vue de tous, donc ça ne sert à rien d’en rajouter. Si pour toi, insuline = drogue, tu peux aller te recoucher. Quand on compare l’insuline à du tabac, de la cocaïne, de l’héroïne ou du LSD, même pour rire, non, ce n’est pas drôle.
Non, on n’apprécie pas les seringues, les aiguilles, le sang qui coule. Oui, on peut être bélonéphobe (phobie des seringues). Mais si on arrête, on ne vit plus. On n’a pas vraiment le choix. Sinon, t’imagines bien qu’on ne s’amuserait pas à se piquer autant de fois dans la même journée ! 🐝

« Tu es diabétique ? On ne dirait pas, pourtant ! »
Ah mais oui, c’est vrai que TOUTES les maladies chroniques se perçoivent à l’œil nu ! C’est vrai que tous les diabétiques sont gros, vautrés sur leur canapé à manger à longueur de journée…
On pense toujours à tort que « le diabète, c’est quand tu es gros(se) », ou bien que « c’est parce que tu manges trop. » Jamais deux sans trois : « c’est parce que t’étais gros(se) avant ? » 🤦
Parce que je suis mince, pas très gourmand(e), on s’étonne. On perd ses repères.
Sans commentaire.

« Suffit que tu manges mieux, du sport et c’est bon, non ? » • « alors, toujours pas guéri(e) ? »
Non, on ne guérit pas du diabète en mangeant de la salade. Non, on ne guérit pas du diabète en faisant du sport. Non, on ne peut pas en guérir. On aimerait bien, franchement. Mais à l’heure actuelle, c’est encore impossible.

salade
©Pixabay, photo libre de droit

« Oh, ça va ! T’en fais trop ! »
Combien de fois je l’ai entendue, celle-là. Parfois par la même personne, qui plus est. À cela, je réponds toujours : « non, je n’en fais pas trop. Mets-toi à ma place deux secondes. » Quand tu es en hypo, non, tu n’en feras jamais trop. Quand tu es en hyper, non, tu n’en feras jamais trop. C’est ta santé qui est en jeu, donc non, rien n’est jamais trop. Donc oui, tu peux me laisser dix minutes boire mon jus d’orange en paix. La réservation du resto peut bien attendre quelques minutes de plus.

« Du coup tu fais des hypoglycémies ou des hyperglycémies ? »
Moins courante, mais toute aussi tordue. Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment compris cette réflexion. J’ai essayé, pourtant ! J’ai retourné la question dans tous les sens, rechercher une énième fois la signification d’« hypo » et d’« hyper », de « diabète » (complètement inutile)… Parce que, selon certains, il existe deux camps : les « hypoglycémiques » et les « hyperglycémiques »… Ridicule, n’est-ce pas ?
Alors, encore une fois, non, je ne suis pas un(e) diabétique « hyperglycémique » ou « hypoglycémique ». Ça n’existe pas.

« Si tu es diabétique, c’est forcément ta faute » ou « celle de tes parents », ou, cerise sur le gâteau, « celle de ta mère »
⚠️⚠️⚠️ De loin la pire. Culpabiliser le/la principal(e) concerné(e), c’est juste idiot. « Si quelqu’un est diabétique, c’est parce qu’il/elle a trop mangé et bu, c’est normal s’il en meurt demain ! » Pour certains, si tu es diabétique, c’est que tu l’as bien mérité. Ou c’est que tu as fait une bêtise quand tu étais petit(e) (genre manger des carrés de sucre en cachette la nuit).
Parce qu’on choisit d’avoir un cancer ? Le SIDA ? De l’endométriose ? Des hémorroïdes ? La mucoviscidose ?

morceaux de sucre
©Pixabay, photo libre de droit

🦠 BONUS spécial Covid : « tu es diabétique, donc à risque face au Covid » 🦠
Je ne suis pas à risque face au Covid JUSTE parce que je suis diabétique. Dire que le diabète est un facteur de risque n’est pas faux en soi, mais il est à prendre en considération avec plein d’autres facteurs : ton HbA1c (hémoglobine glyquée), ton alimentation, ton activité physique, ton IMC (Indice de Masse Corporelle), d’autres comorbidités… Donc oui, je peux aider ma voisine âgée en lui faisant ses courses de première nécessité sans aucun problème.

coronavirus
©Pixabay, photo libre de droit

🏖️ BONUS spécial vacances d’été entre potes : « tu ne devrais pas prendre ça avec toi, tu ne devrais pas faire ça, tu ne devrais pas… » 🏖️
Non, ce n’est pas à toi de me dire ce que je dois faire, ce que je dois prendre ou pas si je ne t’ai pas informé d’abord. Non, je ne peux pas laisser mon appareil loin de moi lors de mon cours de catamaran ; t’inquiètes, j’ai mon imper, je peux le protéger, pas besoin d’en rajouter. Si j’ai un problème, je sais qui appeler et quoi faire.

voile
©Pixabay, photo libre de droit

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